« Il faut que nos enfants retournent à l’école : on est pu capables ! »

Voici ce que je dis aux parents incapables de tolérer plus longtemps la présence de leurs enfants à la maison :

Il est grand temps de réaliser que vos enfants ne sont nullement responsables de votre impatience, intolérance, impulsivité, emportement, culpabilité, etc. Si vous êtes honnêtes avec vous-mêmes, vous réaliserez qu’avant même leur existence (vos enfants), ces différents patterns, ou « défauts » si vous préférez, faisaient déjà partie de vos troubles de comportement.

Dans notre grande ignorance, nous souhaitons que nos enfants puissent gérer leur émotivité, alors qu’ils sont témoins, aux premières loges, de notre incapacité à gérer la nôtre.

Quand les nombreux professeurs, plus capables des enfants dérangeants, demandent aux parents que leurs rejetons consultent, j’affirme à ces parents que ce n’est pas l’enfant qui a besoin d’aide, mais bien le parent. Comment l’enfant pourrait-il savoir gérer son émotivité si son modèle est soit un exemple de refoulement émotif pour acheter la paix, soit, à l’opposé, un modèle impulsif qui fait peur ?

Ce dernier groupe est constitué des parents de l’autoritarisme, pattern très nuisible, qu’ils confondent avec l’autorité, qui, elle, est constructive. Et là, j’avoue que je faisais autrefois partie de ce groupe ! Tellement fière que mes enfants « au moins, n’étaient pas des enfants rois ! Parce qu’ils avaient intérêt à obéir ! » Juste de me souvenir de la terreur dans leurs regards, j’en ai les larmes aux yeux…

Quant à l’autre groupe, leur approche n’est guère meilleure. Laisser l’enfant « s’éduquer » sans cadre. Comme si l’enfant pouvait « savoir » sans apprendre. Or, l’enfant a autant besoin d’apprendre le rôle de son émotivité, de son affectivité et de sa raison qu’il a besoin d’aller à l’école pour savoir lire et écrire.

En 2020, humainement parlant, nous ne savons pas encore que nous sommes les modèles du niveau de maturité affective de nos enfants.

Voilà pourquoi prendre des enfants en consultation est complètement absurde : une heure de thérapie par semaine ne fait pas le poids par rapport au temps passé en milieu familial, avec ses différents patterns. Si vos enfants vous mettent à l’envers, vous voyez pourquoi on dit, avec raison, que « les enfants sont de bons professeurs ». À cette expression, j’ajouterais « seulement pour les parents qui comprennent la nécessité du travail sur soi ».

J’espère de tout cœur que ce texte permettra à certains éducateurs, dont, bien sûr, les parents, d’arrêter d’inverser les rôles : soit d’exiger la sagesse de nos enfants, alors que les adultes vivent trop souvent toute leur vie dans leur souffrance affective, émotive et cognitive laissée en héritage par leur milieu d’enfance. Guider nos enfants vers l’équilibre, c’est obligatoirement devenir nous-mêmes des modèles de maturité !

Avec toute mon affection,

Ginette Carrier

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