« Le déconfinement, ça fait peur ! »

Je me sers ici de cette affirmation pour illustrer deux problématiques propres à notre immaturité affective : notre propension à généraliser et notre méconnaissance du rôle de nos émotions.

En vérité, nous sommes tellement habitués à prendre notre réalité émotionnelle pour la réalité (comment nous interprétons les évènements et, donc, comment nous réagissons face à ceux-ci), que nous la projetons dans la tête de tous (« Le déconfinement, ça fait peur ! »). Pourtant, la réalité nous montre que le déconfinement ne fait pas peur à tout le monde. Pour de nombreuses personnes, la nouvelle a plutôt inspiré une grande joie. Chez d’autres, elle n’a pas changé grand-chose, étant donné que la COVID-19 a toujours été banalisée. Pour certains, c’est l’appréhension du port du masque, ou de l’absence de masque, qui déclenche la peur du jugement des autres, qui sont catégoriques, pour ne pas dire intransigeants, sur la question. J’ai même entendu des gens qui souhaitaient presque contracter le virus, histoire d’en finir une fois pour toutes.

Ce réflexe de généralisation démontre à quel point il est grand temps que nous prenions conscience du seul et unique rôle que l’émotion joue dans nos vies. L’émotion nous renvoie inlassablement à nos propres croyances. Son rôle est de nous responsabiliser à modifier notre façon de penser pour répondre à nos besoins.

Clarifions à l’aide d’un exemple précis. Considérons l’émotion de peur. Si le feu est pris dans la maison, avoir peur est logique et constructif : la peur nous responsabilise de notre besoin de prendre nos jambes à notre cou. Dans ce cas-ci, terminer notre émission de télé serait bel et bien inapproprié. Ici, la peur nous montre notre besoin de protéger notre intégrité physique.

Étant donné que la COVID-19 comporte des risques pour la vie, craindre le déconfinement revêt une dimension tout à fait logique, puisque l’être humain a besoin de prudence pour conserver son intégrité physique. Se précipiter dans des « partys » ou dans la proximité des foules est véritablement un signe de négligence ; ce dont font preuve tous ceux et celles qui font fi de leur santé ou du respect de celle des autres. Par conséquent, l’émotion, lorsqu’elle est bien interprétée, joue son rôle pour démontrer à la personne ses besoins négligés (la peur lui parle de son besoin de se protéger).

Si nous allons plus loin, la panique pourrait sembler appropriée, puisqu’elle éloigne la personne des comportements négligents mentionnés ci-dessus. Pourtant, il n’en est rien. De quoi avons-nous besoin pour prendre des mesures de protection justes ? Réponse : de notre intelligence. C’est elle qui a le merveilleux pouvoir de réfléchir aux solutions : qu’allons-nous faire pour nous protéger de la COVID-19 et protéger ceux que nous aimons ? Malheureusement, la panique paralyse l’intelligence de l’être humain. Que vont faire les experts pour trouver un antidote à la COVID-19 ? Vont-ils aller pleurer en boulle dans leur lit ? Ce serait très inefficace ! En effet, quand la peur laisse la place à la panique, elle nous informe que la personne qui en souffre a besoin d’apprendre à maitriser son imaginaire. Une fois l’imaginaire contrôlé, la panique disparaîtra pour laisser la place à la simple peur, qui, elle, appellera à la prudence.

Par ailleurs, nous avons beaucoup plus que des besoins physiques, comme celui de protéger notre santé. Nous avons six autres dimensions/réalités, dont la réalité affective. Nos émotions désagréables nous permettent d’entendre les besoins ignorés de cette réalité plus subtile, mais bel et bien négligée par la déresponsabilisation de notre santé mentale. Sachez que l’émotion désagréable nous a toujours renvoyés, bien avant la COVID-19, au fait que l’être humain est en général un penseur bien négatif. À dire vrai, tellement de gens souffraient déjà d’anxiété ou d’habitudes mentales moins apparentes, mais tout aussi nuisibles, parce qu’elles allaient à l’encontre de leurs besoins affectifs.

Malheureusement, l’être humain est dur de « comprenure », comme disait ma mère. Si ça ne fait pas assez mal, si c’est juste du chialage, de l’impatience, de l’hypocrisie, de la frustration ou de la nostalgie, c’est considéré comme « normal » ; nous n’en sommes pas trop affectés et nous continuons à nous négliger et à faire subir nos comportements nuisibles à nos proches.

Enfin, cessons de croire que tout le monde vit la réalité de la même façon que nous. Comprenons que les émotions désagréables que nous vivons nous parlent des besoins à satisfaire sur le plan de nos différentes dimensions, dont la dimension affective. Arrêtons de croire que nous sommes condamnés à vivre dans l’angoisse de la maladie ou dans l’insatisfaction du quotidien (ou de situations telles que celle que nous expérimentons avec la COVID-19). Apprendre à répondre à nos besoins affectifs, c’est cheminer vers la sérénité et l’harmonie durables.

Bon cheminement,

Ginette Carrier

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