« Ma patience a des limites ! »

Selon moi, une grande majorité de parents confondent « patience » et « endurance » et sont confrontés à la croyance suivante : « Ma patience a des limites ! »

En réalité, si notre patience a des limites, c’est qu’il s’agit plutôt d’endurance (ce qui, dans les faits, constitue une preuve de manque de patience). Contrairement à la patience, l’endurance répète dix fois avant de « péter sa coche ».

Ce qu’il y a de plus terrible dans ce cercle vicieux, c’est que l’enfant ne va pas maturer plus vite pour autant.

En fait, cette pseudo-patience relève du pattern de l’intransigeance, c’est-à-dire de ne pas accueillir la nature de l’enfant :

  1. qui n’a pas les mêmes intérêts que ses parents ; et qui
  2. a tout à apprendre : il ne peut donc pas savoir l’obéissance, la politesse, le respect et l’empathie… Bref, toutes les qualités de la sagesse, et ce, la couche aux fesses, ou presque…

L’enfant, aussi vrai qu’il apprendra à écrire, à lire ou à compter, saura un jour apprendre la maturité (être sage).

Or, il y a une condition à cela : que nous travaillions nous-mêmes notre tolérance, notre patience, notre persévérance, notre maturité. Sans quoi nous montrerons à nos enfants une soi-disant obéissance, une « politesse » ou tout autre pattern donnant l’illusion d’être positif, mais qui, en vérité, relève soit de la peur de la réaction d’autrui, déguisée, ou encore une pseudo-obéissance ou une pseudo-politesse, selon les circonstances ou les individus.

Par exemple, nous allons prôner l’obéissance au patron, mais « pas question que j’obéisse à ma femme / à mon mari, car elle / il est trop contrôlant ! »

Maintenant, laissons « obéissance » et « politesse » et revenons à l’endurance, qui crée une dynamique malsaine avec nos enfants. Pour ce faire, je reviens à la mise en situation initiale : donc, après avoir répété dix fois, je finis par « pogner les nerfs » et je crie, je m’emporte… Et là, par peur, mon enfant pleure ou finit par « obéir ».

À ce moment précis, je me sens coupable d’avoir trop réagi. J’élimine donc la punition exagérée (parce que lorsque l’on est émotif, on réagit plutôt que d’agir sur le problème). À cause de mon ignorance, j’ai encore une fois jeté le bébé avec l’eau du bain (manque de discernement). Ayant confondu « autoritarisme » et « autorité », j’ai opté pour la mollesse, et mon enfant finira par me manipuler.

Souvenez-vous : un enfant, répondant instinctivement à ses besoins, restera prisonnier de sa désobéissance, quitte à recevoir votre attention négative. Ou, pire, il s’enlisera dans le pattern du « faux gentil » pour tenter de vous plaire. Et là, j’entends les parents adeptes de l’autoritarisme se croire sur le bon chemin au lieu de comprendre que leur enfant, une fois devenu adulte, continuera de redouter la réaction d’autrui ou réagira agressivement à toute autorité…

Qu’en est-il de la patience maintenant ?

La patience, elle, sait qu’il est tout à fait normal que l’enfant n’écoute pas, puisqu’il n’atteint l’âge de raison que vers 5 à 7 ans. Dès lors, le parent patient ne répètera pas plus de deux fois, et le second rappel sera pour aviser l’enfant de la conséquence. (Actuellement, plusieurs influences veulent ôter les conséquences, qui sont confondues avec les punitions démesurées de l’autoritarisme.)

Par définition, la conséquence se doit d’être « conséquente », c’est-à-dire, idéalement, en lien avec la réalité immédiate. Par exemple : si l’enfant est en train d’écouter la télévision, mais qu’il devait plutôt ramasser ses jouets, nous arrêtons le film tant qu’il n’a pas fini.

Lorsqu’il apprend à obéir avec discernement, l’être humain comprend que l’obéissance est bonne pour lui.

Autrement dit, comment voulez-vous que l’enfant, avant d’avoir atteint l’âge de raison, puisse comprendre ce qui est bon pour son avenir ? Il ne le peut tout simplement pas : il n’a pas encore ce qu’il lui faut. Nous devons donc lui enseigner en passant par la crainte : pas la crainte des adultes causée par l’autoritarisme, mais la crainte de la conséquence.

Par exemple, nous lui offrons une alternative :

  1. « Tu écoutes et tu brosses tes dents ; ou
  2. tu restes ici tant que tu n’as pas choisi de le faire, et ce serait dommage puisque c’est le temps de ton histoire avant de dormir. »

Si l’enfant choisit de rester là où il est trop longtemps, il faut donc lui donner la conséquence annoncée : pas de temps pour son histoire.

Or, la culpabilité des parents est telle que l’enfant aura souvent son histoire quand même. Par conséquent, l’enfant apprend à manipuler.

La patience, elle, sait qu’un jour l’enfant apprendra à obéir, car il saura que c’est dans son intérêt de le faire. La patience ne démissionne pas de son rôle, parce qu’elle sait que l’enfant est un être intelligent capable d’apprendre dans le temps tout ce que nous aurons eu la persévérance de lui apprendre.

Guérissons donc de cette volonté infantile de faire de nos enfants des adultes sur le plan affectif, et ce, à un âge où il leur est humainement parlant impossible d’y parvenir. Apprenons à connaître pour respecter la nature psychologique de nos enfants, et la terre s’en portera beaucoup mieux !

Affectueusement,

 

Ginette Carrier

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