« Sortir du connu »

Notre immaturité affective nous fait rejeter ce que nous ne connaissons pas. Dès que les autres ne partagent pas nos opinions, nous portons des jugements de valeur destructeurs. Citons quelques exemples : « Les personnes se réfugient dans la religion parce qu’elles ont peur de la mort… Franchement ! Tu votes pour tel parti politique, c’est complètement nul !… Tu t’intéresses à la théorie du complot ? T’es un conspirationniste… Il y a juste les caves qui pensent comme toi… J’en reviens pas que tu lises le Coran, tu t’intéresses aux talibans ?! », et ainsi de suite.

Il est important de réaliser que toute position extrême est obligatoirement un signe d’immaturité affective de l’être humain. Pensez à cela dès que vous entendrez de la bouche de quelqu’un, ou même de la vôtre : « Ces gens-là sont tous… » ou toute autre généralisation au sujet de gens qui pensent différemment. Et sachez que vous êtes alors dans l’erreur.

En effet, la vraie sagesse prend le temps de comprendre ce qui lui est inconnu avant de prendre la décision si, oui ou non, elle y adhère totalement ou en partie : les autres religions, les autres politiques, les autres philosophies, les autres enseignements psychologiques, etc. Enfin, la maturité s’informe avant de parler et, si elle ne connait pas ce dont il s’agit, elle préfère se taire.

Quant à elle, l’immaturité défend son point avec mépris, avec haine ou, à tout le moins, avec de gros jugements de valeur destructeurs. De plus, elle n’exerce pas l’exploration des idées différentes nécessaire à son discernement pour voir s’il n’y aurait pas lieu de changer d’idée. Une simple question vous permettra de le vérifier : « Avant d’affirmer ceci, as-tu varié tes sources ? As-tu pris connaissance des positions différentes de la tienne pour avoir un portrait de la situation dans tous ces aspects ? As-tu contrevalidé ? As-tu lu le texte ou l’enseignement que je t’ai envoyé sur le sujet ? » Et, parfois, de vous faire répondre : « Non, pourquoi m’envoies-tu ce genre de choses ? Tu sais bien que je n’ai aucun intérêt pour ça… »

Pour faire un choix éclairé, il est important de nous assurer d’avoir pris connaissance de ce que nous allons rejeter par nos choix. Par conséquent, et pour faire les choix les plus éclairés possible, chercher à nous intéresser à ce que nous ne connaissons pas est sain. Pour le bien-être de notre humanité, il est essentiel de nous informer sur les thèmes du développement de l’être humain : la politique, la psychologie, la biologie, l’environnement, la religion ou la spiritualité, le corps affectif, le corps émotif, etc. Je vous rassure, nul besoin de devenir des érudits dans ces matières ni de nous intéresser à tout ! Par ailleurs, si nous n’avons pas d’intérêt pour le golf, mais plutôt pour la broderie, il n’y a pas de conséquences dramatiques pour personne : ce n’est pas ces sujets qui déclenchent les guerres.

En outre, notre immaturité affective nous maintient dans l’ignorance des sujets essentiels à notre bonheur. La peur de ce que nous ne connaissons pas nous garde toujours dans le connu, sans jamais remettre en question nos croyances, que nous tenons pour vraies. Voilà le véritable danger !

Ainsi, l’ignorance est dangereuse puisque l’être humain se nourrit de son discours mental, qui joue en boucle dans sa tête et dirige ses choix. Voici quelques exemples : l’ignorance que le bonheur existe peut amener au suicide ; l’ignorance que nous sommes des êtres ayant une dimension spirituelle peut nous rendre anxieux face à la mort ; l’ignorance de notre immaturité affective peut nous conduire à la violence, à l’amertume, à l’impatience auprès de ceux que nous aimons, nous isoler en vieillissant et causer tant de ravages dans notre monde.

À vrai dire, le danger vient du fait que nous demeurons souvent prisonniers émotivement, affectivement et mentalement, et ce, toute notre vie. Prisonniers de notre milieu et de notre famille, qui nous a enseigné, la couche aux fesses, à détester tout ce qui est différent, créant ainsi dans nos esprits des bombes potentielles : racisme, homophobie, misogynie, misandrie, violence, mépris, snobisme, fanatisme, antisexisme, rejet de la religion, extrémisme, pour ne nommer que quelques-uns des plus grands dangers qui nous guettent sur terre.

Enfin, mes autres textes continueront de soulever les dangers plus subtils que notre immaturité banalise beaucoup plus facilement : l’impatience, la culpabilité, le chialage… Soit une cinquantaine de patterns négatifs qui nous passent sous le nez sans même qu’on y porte attention, mais qui nous détruisent quotidiennement à petit feu. À vrai dire, j’aime bien répéter aux gens qui banalisent : « Les petites choses que nous mettons si allègrement sous le tapis s’accumulent et finissent par devenir des bombes à retardement ! »

Avec tout plein d’amour pour notre humanité, que je souhaite sur le chemin de la maturité.

Ginette Carrier

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