Charité bien ordonnée commence par soi-même

En général, les gens « généreux » sont malheureusement bien loin de se douter que leur générosité est, en vérité, une programmation extrêmement nuisible de leur enfance.

Je m’explique : enfants, nous avons été culpabilisés par le chantage affectif de nos parents qui, désirant nous enseigner l’empathie et la générosité envers autrui, nous servaient des phrases du genre :

  • « Si tu ne donnes pas, tu n’auras pas d’amis. »
  • « Les autres aiment ça, les gens généreux. »
  • « Cesse d’être égoïste et pense un peu aux autres ! »
  • « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu pourrais au moins te forcer ! » (Sous-entendu : « Tu as des comptes à me rendre pour tout ce que j’ai fait pour toi. »)

En vérité, dénuées de toute empathie et loin d’enseigner la générosité, ce genre de phrases obligent l’enfant à savoir sans avoir appris… Ce qui est humainement impossible.

Par exemple, pourrions-nous savoir écrire si l’on nous avait répété que nous ne sommes pas gentils de ne pas savoir écrire ? La réponse va de soi !

Bien entendu, il en va de même pour nos réalités psychologique et affective : nous apprenons parce que nous avons eu de bons maîtres. C’est-à-dire des parents qui savent qu’enseigner à un enfant, ça exige des connaissances et de la patience, comme l’exigent tous les apprentissages.

Ignorer cela et opter pour la méthode forte, appelée « l’autoritarisme », ne nous enseigne qu’à vivre dans la peur des autres, de ce qu’ils pourraient faire si nous ne sommes pas à la hauteur de leurs attentes.

Sous ces conditions, notre charité est donc fausse : en vérité, nous donnons pour recevoir en retour. À titre d’exemple, prenez tous ces gens qui se vouent aux autres et qui se plaignent parce que ces derniers, en plus de se faire servir et d’avoir tout cuit dans le bec, ne sont même pas reconnaissants.

Lorsque notre don n’est pas gratuit, lorsque nous sommes dans l’attente d’un retour (reconnaissance ou autre), nous sommes dans l’illusion de la générosité. Or, dans les faits, notre action ne peut pas être considérée comme un « don de soi ». Cela démontre plutôt que nous n’avons pas appris ce qu’est la générosité.

Voici un petit test pour savoir si votre don est gratuit.

Avez-vous dans votre entourage quelqu’un qui prend, qui vous « siphonne » (comme on dit en bon québécois) ? Si, par rapport à cette personne, vous vous entendez dire ou penser : « Ah là, moi, je ne suis plus capable ! Il y a des limites ! Ce n’est pas toujours aux mêmes de donner ! », votre don n’est pas gratuit.

En effet, la véritable charité ne regarde ni à qui elle donne ni combien elle donne. La personne charitable a compris, au plus profond de son cœur, que le véritable don enrichit. Il enrichit en capacité d’aimer toujours plus soi-même et les autres. Puisque le but de notre vie est d’aimer, notre bonheur dépend de notre aptitude à donner. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour mettre en pratique le proverbe « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

En autonomie affective, j’enseigne aux gens à revenir récupérer leur relation à soi de façon intelligente. Pour ce faire, ils apprennent à répondre à leurs propres besoins pour savoir être véritablement à l’écoute des besoins d’autrui : « Moi, j’existe, et j’ai des besoins. Par contre, si je n’apprends pas à y répondre, comment saurais-je donner aux autres ce que je n’ai pas moi-même ? Comment enseigner la musique au voisin si je n’ai pas au préalable appris à en jouer ? »

Voici ce que nous devrions enseigner rapidement à nos enfants (et que nous devrions apprendre nous-mêmes !) pour les rendre généreux : « Si tu veux donner aux autres, tu dois, au préalable, apprendre à t’aimer, à te respecter dans tes besoins. Si tu es plein d’amour, tu pourras donner le surplus aux autres. »

Autrement dit, si notre verre est vide, comment pourrions-nous donner à boire à l’autre ? Il nous faut savoir, et cela presse, que ce même principe physique s’applique à la dimension affective de l’être humain.

Comment, dans notre carence affective, dans notre déprime et dans notre vide affectif pourrions-nous aimer les autres ? Si nous chialons lorsque les autres ne donnent pas en retour et que nous sommes gentils seulement à condition que l’autre le soit, nous confirmons que nous avons les deux pieds dans la carence affective ; carence qui, si nous prenions le temps d’entrer en relation intime avec nous-mêmes, nous crierait haut et fort : « J’AI DES BESOINS, POURQUOI PERSONNE NE VIENT Y RÉPONDRE ? »

Le jour où nous enseignerons à nos enfants à bâtir leur estime d’eux-mêmes, lorsque nous cesserons de leur montrer à agir sous la crainte de la réaction de l’autre, lorsque nous arrêterons d’attendre que l’autre sache avant d’avoir appris, nous serons en mesure de nous libérer de nos jugements de valeur et de notre haine, qui nous ont été enseignés jusqu’à maintenant, et ce, de génération en génération.

Brisez le cycle de la violence et, je vous en prie, ne faites pas comme si cela ne vous concernait pas !

Les enfants naissent avec un formidable potentiel d’apprentissage et un ruban vierge. Pour leur survie, ils ont toutefois besoin d’être égoïstes. Par conséquent, ils ne viennent pas au monde avec l’aptitude d’être généreux, empathiques, à l’écoute des besoins des autres, respectueux, reconnaissants, etc. Or, une fois que leurs besoins primaires sont satisfaits, il est de la responsabilité des adultes de prendre le temps de leur apprendre l’amour d’eux-mêmes et la façon de répondre à leurs besoins affectifs. Dès lors, les enfants pourront développer la maturité affective nécessaire pour pouvoir donner sans attentes.

Ainsi, la face de la terre changera, et notre main gauche saura ignorer ce que donne notre main droite.

Avec toute la générosité que j’ai dû apprendre à me donner, et qu’aujourd’hui je souhaite redonner au suivant !

Ginette Carrier

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