Le suicide n’est pas une option

Je suis toujours désolée d’entendre des commentaires comme ceux-ci : « C’est normal qu’il se soit ôté la vie, avec ce qu’il traversait… » ou (en rapport avec le suicide des deux jeunes intervenantes à la Direction de la protection de la jeunesse [DPJ], qui est survenu récemment) « Ce mal-être est lié à la surcharge de travail, à l’obligation qu’ont les travailleurs sociaux à toujours faire plus vite, et ce, tout en voyant des situations extrêmement difficiles sur le terrain ».

Sachez que le suicide n’est pas une issue, pas plus que la conséquence du milieu de travail.

Certes, et je suis la première à le reconnaître, le milieu de la DPJ n’est pas facile. En 1988, j’y ai d’ailleurs fait mes stages et j’ai pu mesurer combien la bureaucratie, la hiérarchisation et l’immaturité du système d’intervention augmentent la « lourdeur » sur les épaules de ses employés, qui côtoient déjà la misère humaine au quotidien.

Cependant, je peux vous assurer qu’aucun milieu de vie ou de travail n’a le pouvoir de rendre quelqu’un suicidaire.

Comme je le raconte dans mon livre, dans ma jeunesse, j’ai souffert pendant plusieurs années de la volonté de m’enlever la vie. Bien sûr, depuis 32 ans, en tant que thérapeute, j’ai côtoyé plus d’une personne ayant cette même ambition. Plus d’une fois, j’ai donc dû répéter : « Lorsque nous étions des enfants, crois-tu que si nous avions appris le bonheur plutôt que la détresse affective, nous aurions envie de mettre fin à nos jours ? »

Heureusement, l’issue reste, et restera toujours, d’apprendre à croire que, si nous avons pu enseigner la souffrance affective à nos enfants, il nous est également possible de leur enseigner le bonheur. Mais encore faut-il au préalable l’apprendre pour nous-mêmes.

En fait, la véritable cause du suicide, c’est notre inconscience et notre passivité face à notre discours mental nuisible, jamais la lourdeur du milieu. N’est-ce pas une bonne nouvelle pour toutes les personnes qui ont ou qui auront des pensées suicidaires ? D’ailleurs, si le milieu en était la cause, nous nous verrions obligés de dire aux étudiants en relation d’aide : « Laissez les gens qui souffrent se débrouiller seuls parce que, autrement, ils vous conduiront au suicide. »

Bref, la souffrance affective (dont l’une des nombreuses conséquences est le suicide), tout comme le bonheur, trouve son origine dans les pensées que l’être humain a pris l’habitude d’entretenir.

Voici quelques exemples de discours mental qui, à long terme, nous mettent en danger d’opter pour le suicide :

  • « Ça ne sert à rien tout ça, y a pas d’issue. »
  • « Je ne sers à rien, ma vie est inutile. »
  • « C’est trop lourd, trop gros pour moi. »
  • « Je suis écœuré de cette vie, tant de problèmes, et il n’y a plus rien d’intéressant pour moi ici-bas. »
  • « J’ai tout essayé, et rien ne marche. »
  • « Personne ne me comprend, je suis seul au monde. »
  • « Personne ne m’entend, personne ne m’aime. »
  • « Depuis que je suis à la retraite, je suis totalement inutile, je ne sais plus quoi faire pour m’occuper. »
  • « Si le bonheur existe, il n’est pas pour moi. »

Somme toute, le suicide a très souvent pour origine les habitudes cognitives du découragement (face aux difficultés que nous rencontrons tous au cours d’une vie), qui, à plus ou moins long terme, engendre le fatalisme (sentiment qu’il n’y a aucune issue) pour finalement aboutir au désespoir.

Si vous vous reconnaissez dans ce genre de discours mental, sa répétition à long terme vous met à risque de développer des tendances suicidaires.

Nous devons cesser de croire que le travail sur soi, c’est pour les autres.

Comme être humain, et encore plus comme psychothérapeute, comment pouvons-nous espérer guider les autres vers leur bonheur (alors qu’il nous est mathématiquement impossible de reprogrammer leurs habitudes mentales et comportementales) si, au préalable, nous n’avons pas pris le temps de nous guérir nous-mêmes de nos déséquilibres émotionnels et affectifs ?

Pour s’y préparer, il suffit, entre autres, de bâtir notre estime de soi, notre confiance en soi et de cultiver le sentiment profond que, malgré les apparences, nous faisons une différence dans ce bas monde (dans le respect de nos limites). Bref, nous devons apprendre l’amour de soi, qui est le besoin de notre dimension affective.

Quelle joie de pouvoir enseigner, à qui est enfin prêt à se remettre en question, que le bonheur existe ! Or, il y a un prix à payer : le bonheur n’est pas le résultat d’une baguette magique ; il est plutôt le fruit d’un travail concret. Comme tout ce que nous avons appris. En effet, le cheminement dans l’amour de soi est fait d’un heureux mariage : conscience, théorie et pratique.

Sur ce, je vous souhaite d’opter pour le chemin de votre bonheur.

Avec toute la tendresse de mon cœur !

Ginette Carrier

1 réflexion sur “Le suicide n’est pas une option”

  1. Le bonheur est issu de l’amour, d’un mental aimant, donc si je ne m’aime pas, que je ne nourris pas ma volonté de créer mon bonheur, personne ne peut le faire à la place de personne. Le bonheur est personnel, interne, il est issu de mes perceptions de moi, du monde, des autres. Vivement qu’on multiplie les écoles de l’amour de soi pour enfin se comprends et ne pas commettre l’irréparable!

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