L’amour, l’estime de soi et celle des autres

Avant tout, je tiens à remercier celles et ceux qui m’envoient des idées d’écriture. Dans le présent texte, je vais parler de l’amour, un sujet qui nous concerne toutes et tous.

Voici une vision erronée de l’amour qui est fort répandue, du moins, dans notre société : « Ou bien il t’aime ou bien il ne t’aime pas. N’essaie jamais de convaincre quelqu’un de ta valeur. Si quelqu’un ne t’apprécie pas, il ne te mérite pas. Respecte-toi et, surtout, sois avec des gens qui t’apprécient à ta juste valeur. »

Cette vision provient du pattern du rationalisme aigu. Le rationalisme aigu robotise l’être humain en faisant de lui une tête dépourvue de sentiments et d’émotions. Dans la liste des patterns négatifs, il s’agit d’un des plus dangereux puisqu’il contient des passages logiques, ce qui rend moins facilement décelable son illogisme affectif et sa grande violence.

Oui, il est vrai que tout le monde mérite l’amour inconditionnel. Afin d’éviter tous les préjugés qui pourraient vous donner envie de réfuter ce fait, prenons des bébés qui n’ont aucun « défaut » pouvant les rendre rejetables par notre immaturité affective. Tous ces petits bébés qui naissent sur Terre méritent que nous répondions à leur besoin essentiel d’amour inconditionnel, mais il n’est pas dit, à l’heure actuelle, que ce sera le cas. Pourquoi ? Parce que notre société n’est pas encore très mature affectivement. L’existence même de la Direction de la protection de la jeunesse le prouve !

Malheureusement, du haut de notre grande immaturité, nous entretenons un amour conditionnel. Nous avons donc tous une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, puisque nous sommes tous à la merci de la faible capacité d’aimer des autres. Nous cherchons l’amour à l’extérieur, de façon gratuite.

En voici quelques exemples : « S’il m’aimait, il saurait ce dont j’ai envie ! … Si je l’aimais, j’aurais des papillons… Si elle t’aimait, elle t’écouterait, te respecterait… » Et, avec notre volonté que les autres soient déjà matures, nous nous rejetons mutuellement.

Pour l’instant, un amour facile ne saurait exister, car le niveau de maturité affective de notre humanité n’est pas encore rendu là ! En fait, si vous êtes tentés de me dire : « Pourtant, nous, c’est super facile ! », je serai tentée de vous répondre : « Surtout, méfiez-vous des non-dits et des sujets tabous qui donnent cette illusion de facilité ! »

En vérité, cette volonté de vivre un amour à l’eau de rose vient notre imaginaire : nous fantasmons sur la personne en face de nous, encore en grande partie inconnue, nous projetons nos idéaux sur celle-ci et nous appelons ça l’amour ! Je corrige : il s’agit d’idéalisation, tout simplement !

Or, l’expérience ne vous a-t-elle pas appris que, sans l’amour inconditionnel, d’ici quelques années, votre idéalisation de l’autre aura laissé place à votre ressentiment, qui, lui, aura le pouvoir de tuer le sentiment d’amour ?

Trop souvent, lorsque les couples crient à l’aide, un des deux partenaires a déjà réussi à tuer son sentiment d’amour pour l’autre, et ce, entre autres, par habitude mentale d’exiger de l’autre de penser comme lui ou elle, de voir les choses à sa façon. Cette intransigeance, qui souhaite contrôler les autres et les évènements, réveille de plus en plus notre impulsivité, notre impatience, notre intolérance et, parfois, même notre haine. À force de nourrir nos frustrations, nos déceptions envers autrui, j’en viens à poser la question suivante : « Comment le sentiment d’amour pourrait-il subsister dans un tel contexte ? »

C’est là que le rationalisme aigu fait fausse route. Avec l’invitation à nourrir notre intransigeance, à continuer de nous déresponsabiliser à développer notre introspection, notre compréhension et notre amour inconditionnel.

Vous ne savez pas aimer ? Aucun problème ! Rejetez l’autre en vous confortant avec un horrible « Je mérite mieux que ça ». J’aurais envie de vous dire : « Mais cette personne, que vous rejetez, ne mérite-t-elle pas mieux que ça, “ça” étant vous, qui vous donnez si facilement le droit de rejeter celle qui ne fait pas votre affaire ? »

L’amour inconditionnel (le seul vrai amour, ne nous leurrons pas) exige un travail essentiel de maturité affective. Il n’est certainement pas le résultat des fameux « Prends-toi comme tu es » et « S’il t’aime, il te prendra comme tu es ». Ces croyances sont complètement absurdes, considérant le niveau général d’immaturité affective de la société actuelle. En effet, si je me prends telle que j’ai été affectivement bâtie dans ma famille, je risque fort de côtoyer quelqu’un de désagréable à vivre au quotidien !

D’ailleurs, savez-vous ce qui m’étonne encore tellement ? C’est que la grande majorité des gens continuent de croire que le travail sur soi, c’est pour les autres ! La grande majorité croit que ce sont les autres qui sont responsables de l’échec du couple ou de la famille : « Si c’est moi, c’était justifié, ça s’explique… Je méritais mieux que ça ! »

Enfin, il y a des êtres humains qui ont tellement été maganés dans leur enfance qu’il leur sera devenu impossible de bâtir leurs relations. Ici, je fais référence à tous ces enfants qui ont été démolis par des parents qui se croyaient parfaits et qui regardaient les autres avec un certain mépris, avec dédain. Ces enfants n’auront pas eu en exemple l’humilité si essentielle à notre remise en question, qui, elle, est le premier pas vers le bonheur.

Avec toute mon affection pour l’être humain,

Ginette Carrier

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