« Lui as-tu exprimé tes sentiments ? »

Il n’est pas rare qu’on nous demande d’exprimer nos sentiments aux autres, en précisant qu’ils ne pourront pas les nier, puisque ce sont les nôtres.

Cette erreur monumentale existait déjà lorsque je consultais (dans les années 1980). Fidèle à cet enseignement fallacieux, je me rappelle ces lettres que j’écrivais et que je lisais à mon père, qui m’écoutait religieusement en espérant que je finirais par cesser de souffrir. Évidemment, après m’être ouvert ainsi le cœur, je ressentais une colère immense de le voir recommencer exactement ce que je venais de lui reprocher… Pourtant, je lui avais bel et bien livré mes sentiments !

En 1989, j’ai obtenu mon baccalauréat en travail social et, en 1991, je créais ma propre démarche d’aide en devenant thérapeute en relation d’aide. Dès lors, j’ai pu vérifier l’efficacité de cette démarche sur autrui.

Aujourd’hui, à la veille de tirer ma révérence, j’ai la chance de léguer cette démarche par le biais de l’École d’autonomie affective, qui compte maintenant ses premiers formateurs.

La raison derrière ce préambule est de souligner l’importance de comprendre qu’exprimer nos sentiments négatifs aux autres, c’est tenter de les culpabiliser de notre souffrance affective. En vérité, et fort heureusement, nos sentiments, tant négatifs que positifs, ne proviennent pas de l’attitude des autres, mais bel et bien de notre interprétation des choses.

Voici un exemple afin de clarifier mon propos.

Si j’ai une faible estime de moi-même, ma perception destructrice de moi créera obligatoirement des sentiments de rejet, de dévalorisation, voire de mépris et de haine de moi. Allons plus loin, au pire : admettons qu’il est vrai que quelqu’un d’autre me méprise et qu’il me rejette… Il reste que mon sentiment de rejet ne vient pas du rejet de l’autre, mais bien du mien. C’est simple : son rejet, tel un miroir de ma vérité intérieure, déclenchera ce regard négatif que je porte sur moi-même. Le mal-être que je vis alors, et les émotions désagréables que cela occasionne, me permettent de le conscientiser pour me donner l’occasion d’apprendre à bâtir mon estime de moi. C’est toujours la même gymnastique : le mal-être déclenché par l’extérieur me pointe ce que je dois guérir à l’intérieur pour être heureux.

C’est la preuve que, humainement parlant, nous sommes faits pour prendre le chemin du bonheur. En effet, la souffrance affective n’est pas le but de notre vie, et cet inconfort plus ou moins douloureux pousse heureusement certaines personnes (pas assez nombreuses, à mon avis) à l’éveil, soit à se remettre en question.

Amenons cet exemple dans l’autre sens.

Si, au contraire, j’ai une belle estime de moi, celle-ci ne sera pas ébranlée par le rejet de l’autre ; rejet qui n’aura aucun pouvoir sur mes sentiments. D’ailleurs, je fais parfois cette blague aux gens : « Lorsque tu sauras t’aimer, tu pourras dire : “Ouf ! Cette personne, en me tassant de sa vie, ne sait pas l’erreur qu’elle fait !” »

Voilà pourquoi je dis que nos sentiments ne sont pas à la merci de l’attitude des autres à notre égard. Heureusement. Le sentiment est sous notre responsabilité personnelle et il est dépendant de nos perceptions. Par conséquent, nous sommes non coupables de notre détresse affective, mais responsables de nous en libérer en empruntant le chemin de notre bonheur qui, lui aussi, est affectif (sentiments positifs).

Alors, me questionnerez-vous : « Si je ne peux plus nommer mes sentiments aux autres pour les responsabiliser de leur comportement destructeur à mon égard, que dois-je dire ? »

Vous apprendrez, je vous le souhaite de tout cœur, à clarifier vos besoins, qui sont de trois catégories : 1) essentiels et non négociables ; 2) importants et négociables ; et 3) « lâcher prise » (puisque la maturité affective, contrairement à la souffrance affective, ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis !).

Avec toute la tendresse de mon cœur, je vous souhaite de comprendre la route de votre bonheur !

Ginette Carrier

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